Phoebe Nobbs Hyde
1910 - 1994

Phoebe Nobbs Hyde, arrière-petite-fille de Robert Ward Shepherd et de Mary Cecilia Delesderniers, naît à Montréal en 1910.

Phoebe et son frère cadet, Frank, grandissent à Westmount mais passent leurs vacances d’été à Como avec leur grand-père, le Dr Frank Shepherd. Des journées fort agréables à pêcher avec leur grand-père, à faire des promenades en bateau et à se baigner dans la rivière des Outaouais – plus propice à la baignade à cette époque. Les routes n’étant pas pavées, le Dr Shepherd s’assure de faire asperger les chemins d’huile devant les maisons afin de réduire poussière soulevée par le passage des voitures.

Entre l’âge de 10 et 14 ans, Phoebe passe ses étés en Nouvelle-Écosse, où son père a une maison d’été. Como lui manque beaucoup et elle sera très heureuse lorsque sa famille décide de revenir passer l’été à Como, en 1924. 

Comment Phoebe a acquis Greenwood

À son décès, en 1901, Mary Cecil Shepherd lègue Greenwood à Del, son fils ainé. Ce dernier réalise de grandes rénovations au cours des années suivantes, dont l’aménagement du Salon est de la maison ainsi que le hall d’entrée et la chambre à pignons située juste au-dessus du Salon est.

À la mort de Del en 1924 – son épouse avait obtenu un divorce à Reno au Nevada, procédure « inédite » à l’époque – Greenwood est déjà vendue à sa soeur, May Robertson, qui l’avait ensuite échangée avec le Dr Frank Shepherd pour Rose Cottage, maison acquise de son neveu quelques années auparavant et que May convoitait.

Le Dr Shepherd lègue ensuite Greenwood à sa fille, Cecil, la mère de Phoebe. Cette dernière, avec l’aide de son époux, fera de Greenwood en une magnifique résidence d’été grâce à des petits travaux d’entretien. La famille campe dans le jardin de Greenwood pendant les rénovations et utilise le patio de pierre comme cuisine d’été, expérience qui plait beaucoup à Phoebe. 

Phoebe rêvait déjà, à 14 ans, de faire de Greenwood un musée. De nombreux artéfacts et trésors de famille sont exposés dans la maison et admirés aujourd’hui, encore.

Lorsque Phoebe termine ses études, elle est envoyée à Londres, en Angleterre, où elle suit une formation en art dramatique, l’une de ses grandes passions. À 18 ans – en 1928 –  elle a déjà fait la rencontre de son futur époux, l’officier Andrew MacKellar, lors de son premier voyage à destination de Londres. Son père Percy exige qu’elle doit toutefois compléter ses études au Royal Academy of Dramatic Arts (RADA) avant de se marier. Le mariage sera seulement célébré au terme de six années de fiançailles. Phoebe a alors 24 ans.

Être l’épouse d’un capitaine de navire laisse entendre un style de vie très particulier pour une femme de l'époque. Le couple est propriétaire d’un appartement à Londres, mais Phoebe préfère passer ses étés à Como. Pendant la saison estivale, elle ne voit son époux que lors de ses courtes escales à Montréal, à peine quelques jours par mois.

C’est au cours de ses étés à Como que Phoebe monte des pièces de théâtre de Shakespeare dans le jardin de Greenwood. Sa grand-tante, May Robertson, contribue grandement à la réalisation de ces représentations, étant elle-même passionnée d’art dramatique. Pendant sept étés consécutifs, alors que la Guerre fait rage en Europe, les deux femmes mettent sur pied le Festival Shakespeare, mettant en vedette les jeunes – et moins jeunes – de Como. Cette activité, très appréciée par tous les participants, Phoebe leur enseignait les différentes techniques de l’art, la locution.

Phoebe leur enseigne différentes techniques d’art dramatiques et leur donne des cours d'élocution. Les participants découvrent ainsi les plaisirs de jouer dans des pièces de Shakespeare et autres dramaturges.

Eleanor Abbey, cousine de Phoebe, évoque ses impressions sur cette expérience :

J'ai eu la chance d'être l'une des jeunes à avoir vécu cette expérience, même si ce n'était pas tellement apprécié à l'époque, étant seulement âgée de 8 à 12 ans, mais aujourd'hui, en regardant en arrière, je me rends compte à quel point cette expérience a été des plus précieuses.

Phoebe a attiré toutes les personnes intéressées par ses pièces et elle en a recruté bien d'autres ! Tante May Robertson était de la génération de ma grand-mère et était souvent incluse. Tante May a brillé dans le rôle de l'infirmière de Juliette et a interprété le personnage principal d'une pièce sur une petite fille qu'elle a aidée à épeler un mot difficile - Mississippi - dans la grande épreuve. Nous, qui avons vu cette pièce, ne l'oublierons jamais.

Elle a été très patiente avec nos efforts de comédiens amateurs. Je pense qu'elle nous a fait apprécier Shakespeare, ce qui nous aura marqué pour la vie.     

Après la guerre, Phoebe retourne en Angleterre et la vie reprend son cours. Elle donne des conférences sur le folklore canadien et amérindien dans des écoles ainsi qu’à des groupes de femmes. Entretemps, elle étudie également au Royal British Museum.

Elle revient chaque été au Canada et voyage fréquemment dans les contrées de l’Ouest canadien, où elle visite différentes communautés amérindiennes en vue de recueillir du matériel pour ses cours et ses conférences. C'est au cours de ses séjours dans l'Ouest qu'elle donne ses premiers monologues – One Woman Show – entamant alors une nouvelle période de sa vie artistique.  C'est à cette époque où sa mère, Cecil, lui vend Greenwood.

Andrew MacKellar décède en 1959. Ses funérailles sont célébrées à l’église St. Mary’s. Une plaque commémorative marquée à son nom s’y trouve encore aujourd’hui.

En dépit d’avoir vécu une vie de couple plutôt marginale, Phoebe assure n’avoir jamais envisagé l’échanger pour une vie plus « normale ». Son seul regret est de ne jamais avoir eu d’enfants.

L’année suivant le décès de son mari, elle épouse Reid Hyde, son oncle adoptif. Il a 82 ans, elle en a 50.

Le couple voyage pendant l’hiver et passe l’été à Greenwood qui n’était pas encore hivernisée. Phoebe et son époux achètent la maison Rose Cottage de leurs cousins George et Marydel Robertson. Le couple Hyde y vit confortablement au cours des hivers suivants malgré l’état de santé fragile de Reid Hyde. Ce dernier meurt au bout de six ans de mariage.

Au cours des 30 années suivantes, Phoebe vivra en permanence à Hudson et s’intègre tout naturellement à la vie de sa communauté. Elle sera présidente de la Société historique de Hudson et du Hudson Garden Club. Elle monte également un spectacle annuel de fruits et légumes, en plus de contribuer à la publication de livres historiques, sans compter ses nombreuses heures de bénévolat à l’église St. Mary’s.

Femme débordante d’énergie, Phoebe aura eu une vie bien remplie. Aimant se tenir occupée, elle apprécie tout autant se prélasser autour de sa piscine en compagnie de ses amies et de ses proches.

Dans son testament, Phoebe lègue Greenwood à l’Héritage canadien du Québec, un organisme à but non lucratif dédié à la conservation de maisons et de propriétés situées au Québec, reconnues pour leurs attraits esthétiques et historiques. Greenwood est l'héritage que Phoebe lègue à la collectivité de Hudson et des environs. Son rêve d’enfant s’est bel et bien réalisé.

Un autre héritage est celui des transcriptions et des vidéos de ses monologues, certains datant de la période où elle vivait au Royaume-Uni. Elle incarne plusieurs personnalités canadiennes, dont Madeleine de Verchères, Jeanne Mance et Marguerite Bourgeoys.

Son monologue le plus célèbre est celui où elle incarne Sarah Hanson – l’épouse de Jean-Baptiste Sabourin, premier propriétaire de Greenwood – qui avait été capturée par des Indiens à l'âge de 16 ans et emmenée à Oka. Jean Baptiste avait payé sa rançon afin de pouvoir l'épouser.

Version originale en anglais écrite par Eleanor Abbey                                                  Traduction – Céline Pilon (2021)